• Redoublement de la répression au Botswana : des enfants bushmen arrêtés

    trois enfants bushmen ont été arrêtés par la police paramilitaire au Botswana. Cette sanction est le signe avant-coureur d’une nouvelle politique gouvernementale visant à intimider les Bushmen qui sont retournés dans la Réserve du Kalahari central (CKGR).

    Les enfants, surpris dans la réserve en possession de viande d’antilope, ont été emprisonnés la semaine dernière. Ils ont été relâchés depuis, mais d’autres rapports ont révélé plusieurs cas de harcèlement et d’intimidation ainsi qu’un nombre croissant d’arrestations.

     

    Mercredi dernier, des gardes forestiers ont frappé Amogelang Segootsane et confisqué les fruits et les baies qu’il avait récoltés, prétextant que ‘cette nourriture est réservée aux animaux et non aux hommes!’. Il a dû être conduit à l’hôpital où il a été soigné la semaine dernière.

     

    Un Bushman a déclaré à Survival : ‘Les Bushmen sont chassés de leurs terres et leurs droits sont niés à cause du tourisme (…). On arme des policiers pour venir ici chasser et arrêter les Bushmen qui cherchent à se nourrir. Nous n’avons plus de quoi manger, de quoi boire. Comment allons-nous pouvoir survivre sans nourriture ?’

     

    Les Bushmen, qui dépendent principalement de la chasse et de la cueillette de fruits et de baies pour nourrir leurs familles, sont de plus en plus accablés par l’attitude d’un gouvernement qui leur rend la vie impossible dans la réserve.

     

    En 2006, La Haute Cour avait confirmé leur droit de vivre et de chasser sur leur terre ancestrale dans la réserve, mais jusqu’à présent les autorités ne leur ont délivré aucun permis de chasse.

     

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    Amogelang Segootsane a été conduit à l'hôpital après avoir été frappé par les gardes forestiers.

     

    © Survival

     

    Désormais exposés à la famine, ils seront forcés de dépendre de l’aide alimentaire gouvernementale qu’ils ne pourront recevoir que dans les camps de relocalisation situés en dehors de la réserve et qu’ils appellent ‘lieux de mort’.

     

    En novembre 2012, deux Bushmen avaient été arrêtés et torturés pour avoir chassé une antilope et condamnés à une amende de 190 dollars chacun, un prix exorbitant pour eux. Quatre autres Bushmen attendent d’être jugés cette semaine pour avoir chassé dans la réserve.

     

    Le gouvernement botswanais prend régulièrement à partie les habitants indigènes de la réserve invoquant la conservation de la nature. Mais les Bushmen vivent depuis des siècles en harmonie avec la nature et la faune sauvage de la réserve.

     

    Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : ‘La conservation a longtemps été l’argument invoqué par le gouvernement botswanais pour terroriser les Bushmen et les chasser de leur désert. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le président Khama siège au conseil d’administration de Conservation International, l’une des plus grandes organisations environnementales du monde. Cette ONG nord-américaine n’est pas sans ignorer que l’un des membres de son conseil détient un triste record en matière de violations de droits de l’homme. Khama croit-il vraiment que quelques centaines de Bushmen mettent plus en danger la faune et la flore de la réserve du Kalahari (d’une superficie deux fois plus grande que celle du Rwanda) qu’une mine de diamants ? Qui sait ? La seule certitude dans cette affaire est la détermination de Survival International à faire tout ce qui est en son pouvoir pour soutenir les Bushmen. Boycotts, manifestations, soutien juridique…: nous n’écarterons aucun moyen de pression si ce redoublement de la répression ne cesse pas immédiatement’.

     

     

     

     


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  • Publiée le 30 juillet dans PNAS, une étude internationale portant sur des artéfacts découverts dans une grotte d’Afrique du Sud montre qu’une culture technique très proche de celle des actuels chasseurs-cueilleurs San (ou Bushmen) y était déjà présente il y a plus de 40.000 ans.20.000 ans avant ce que pensaient jusqu’à présent les scientifiques.

    Une équipe internationale de chercheurs, dirigée par Francesco d'Errico, du CNRS, a daté directement et étudié des vestiges – notamment organiques – issus de différentes couches archéologiques de la grotte préhistorique appelée Border Cave, en Afrique du Sud.

    "La datation et l'analyse du matériel archéologique découvert à Border Cave nous a permis de démontrer que de nombreux éléments de la culture matérielle qui caractérisent le mode de vie des [actuels] chasseurs-cueilleurs San d’Afrique du Sud, faisaient partie de la culture et de la technologie des habitants de ce site il y a 44 000 ans", explique le Dr Backwell, paléoanthropologue.

    Entre autres découvertes, l'analyse chimique de résidus trouvés sur un bâton en bois décoré d'incisions révèle que ce dernier a été utilisé pour manipuler une substance toxique contenue dans la graine de ricin – exactement comme le font les San aujourd’hui. Ce serait la plus ancienne preuve de l'usage du poison.

    Des perles en coquillages et en coquille d’œuf d’autruche, des poinçons et des pointes en os, des outils décorés d’ocre rouge (comme chez les San, encore) ont également été trouvés, ainsi que des morceaux d’écorce végétale mêlés de résine et de cire d’abeille : "ce composé complexe utilisé pour l'emmanchement des pointes de flèches ou d’outils, directement daté à -40.000 ans, est la plus ancienne preuve connue d'utilisation de la cire d'abeille", a précisé le Dr Backwell.

     

     

     


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  • Disparition d’une ‘icône’ bushman d’Afrique du Sud

    Dawid Kruiper était une ‘icône’ et un porte-parole majeur des San du sud du Kalahari.

    Dawid Kruiper, un chef traditional bushman khomani d’Afrique du Sud, vient de décéder à l’âge de 76 ans.

    On se souviendra probablement de lui pour la détermination avec laquelle il a lutté dans la reconquête du territoire du peuple khomani dans le Parc national Gemsbok du Kalahari (aujourd’hui Parc transfrontalier de Kagalgadi).

    Lorsque le parc avait été créé en 1931, les 50 derniers Khomani avaient été évincés et forcés de vivre dans des campements sordides avoisinants. Plus tard, Dawid et sa famille ont travaillé dans une ferme touristique en échange de l’hébergement et de nourriture.

    Pendant des années, Dawid et son père Regopstaan ont conservé l’espoir qu’un jour ils retourneraient dans leur territoire. Dawid était la force motrice et la source d’inspiration du processus de revendication territoriale des Khomani initié en 1995.

    Quatre ans plus tard, Thabo Mbeki, alors vice-président d’Afrique du Sud, avait signé un document attribuant quatre fermes aux Khomani ainsi que le droit d’accès et d’usage des ressources naturelles du parc. Lors de la cérémonie, Thabo Mbeki avait déclaré : ‘C’est une étape sur la voie de la renaissance d’un peuple qui a pratiquement disparu sous le régime d’oppression. C’est votre terre. Prenez-la. Prenez-en soin. Faites-la prospérer’.

    Selon le réalisateur britannique Hugh Brody, qui a travaillé avec Dawid, il était ‘un porte-parole majeur des San du sud du Kalahari et représentait à tous les niveaux leurs intérêts dans la région ainsi que lors de rencontres avec des aînés et des leaders indigènes dans les grands forums internationaux’, notamment aux Etats-Unis et aux Nations-Unies à Genève. Il était également apparu dans plusieurs films.

    Cependant, Dawid est toujours resté proche de ses racines. Lors d’une interview, il racontait : ‘Je suis né indigène. J’ai quelque chose en moi que personne ne peut me prendre. Je suis toujours là pour ma communauté, mais je fais les choses d’une manière naturelle. Je dirais que notre mode de vie traditionnel était bien meilleur… Je ne veux pas vivre comme un millionnaire. Je ne veux pas de cette vie, elle n’est pas pour moi. Je veux juste vivre naturellement. Je me sens bien mieux ainsi, comme l’oiseau tisserin. Je peux me déplacer n’importe où, n’importe quand. Je peux emporter ma maison et mon cheptel et reconstruire ma maison n’importe où. Et comme cet oiseau, si je peux jouir de ma liberté et de mes droits, je suis heureux’.

    Anna Fester, l’une de ses proches parentes, a déclaré : ‘C’est une grand perte pour nous. Il était comme un père et un comme un oncle pour nous, mais pour le monde, il était une icône. Omm Dawid a beaucoup fait pour les familles et les San Khomani. Dawid s’est donné au monde. Il a laissé de grandes empreintes pour nous et pour la communauté qu’il nous faut maintenant suivre’.

     


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  • Les forces de sécurité ont repris leurs manœuvres d’intimidation à l’égard des Bushmen en mai 2012. Plusieurs arrestations ont eu lieu en dépit de leur droit de vivre et de chasser dans la Réserve du Kalahari Central (CKGR).

    Survival International a reçu plusieurs rapports selon lesquels plus de 18 policiers ont établi un campement permanent à proximité de la communauté de Metsiamenong, connue pour avoir résisté aux violentes évictions du gouvernement botswanais.

    Les policiers ont jusqu’à présent procédé à cinq arrestations dans la communauté. Aucune charge n’a été retenue contre les détenus. D’autres sources nous ont signalé la présence de soldats et de paramilitaires dans la réserve.

    Bien que les Bushmen aient légalement le droit de chasser dans la réserve, les autorités ont refusé de leur attribuer un seul permis de chasse.

    Un Bushman vivant dans la réserve a déclaré : ‘Depuis les dernières arrestations, la vie des Bushmen a changé de manière significative. Le gouvernement a envoyé les forces armées pour nous intimider et nous persécuter. Nous dépendons des ressources naturelles de la réserve pour nous nourrir. Comment pourrions-nous survivre si nous ne pouvons pas chasser ?’

    Suite à une longue bataille juridique, la Haute Cour botswanaise a reconnu leurs droits territoriaux en 2006, mais ce n’est qu’en 2011 qu’ils ont obtenu leur droit d’accès à l’eau.

    Les autorités avaient en effet scellé l’unique puits des Bushmen pour les inciter à partir de la réserve, ce qui eut pour résultat la mort par déshydratation d’au moins une femme près de Metsiamenong.

    Nous sommes extrêmement préoccupés par les nouvelles qui nous sont parvenues révélant l’installation des forces de sécurité botswanaises près de Metsiamenong, en plein cœur de la réserve. Cette tentative d’intimidation des Bushmen, au mépris des droits qu’ils ont obtenus au terme d’une longue lutte, est vouée à l’échec’.


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  • Les Bushmen célèbrent la Journée mondiale de l’eau

    Pour la première fois depuis dix ans, les Bushmen du Botswana, qui disposent désormais d’un accès illimité à leur puits, vont enfin pouvoir célébrer la Journée mondiale de l’eau.

    Leur puits principal du désert du Kalahari avait été scellé par le gouvernement en 2002 dans le but de les expulser de leur terre ancestrale pour faire place à l’exploitation diamantifère.

    Cependant, grâce à une longue et persévérante campagne entreprise par les Bushmen avec le soutien de Survival International, ils peuvent désormais jouir de cet élément vital et participer à sa célébration.

    En septembre 2011, un nouveau puits a été foré à Mothomelo, dans la Réserve du Kalahari central, par l’ONG Vox United.

    Il s’agissait alors d’un progrès considérable pour les Bushmen qui, durant tant d’années, avaient été privés du droit fondamental à l’eau, en dépit du fait qu’ils avaient gagné un procès marquant en 2006 les autorisant à retourner sur leurs terres. Ils durent cependant intenter un nouveau procès et attendre cinq ans pour retrouver leur libre accès à l’eau.

    Jumanda Gakelebone, porte-parole bushman a déclaré à Survival : ‘Comme tout le monde, nous estimons que l’eau est importante pour la vie. Le puits de Mothomelo a changé nos vies dans la Réserve. Les aînés et les plus jeunes n’ont plus à parcourir de longues distances pour s’approvisionner en eau. Nous sommes heureux et très reconnaissants envers tous ceux qui ont contribué à rendre cela possible’.

     

     


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  • Botswana: la réserve du Kalahari, cité perdue des derniers Bushmen San

    Après quinze ans d'une bataille sans merci entre les Bushmen San et l'Etat du Botswana, l'eau commence à revenir dans le Kalahari. Mais ce mince filet de vie n'est pas prêt d'inverser l'exode d'un peuple, dont la légendaire civilisation du désert semble appartenir désormais au passé.

    A partir de 1997, le gouvernement a expulsé la majorité des San hors de la réserve animalière du Kalahari (CKGR), dans le but affiché de protéger le parc naturel, le deuxième plus grand du monde.

    Les Bushmen ont fait appel, et obtenu d'abord en 2006 le droit de revenir sur leurs terres, puis en 2011 le droit de forer de nouveaux puits.

    Forte de ces décisions de justice, l'ONG américaine Vox United a entrepris de creuser des puits dans le Kalahari central, à des heures de route sablonneuse, quasi-impraticables sans 4x4, des villes les plus proches.

    Mais cette opération humanitaire destinée à apaiser un conflit dont l'âpreté a terni l'image du Botswana, accusé de "nettoyage ethnique" en 2004 par le mouvement britannique pour les peuples indigènes Survival International, ne ressuscitera pas le mode de vie ancestral des chasseurs-cueilleurs.

    La plupart habitent désormais aux portes de la réserve, dans des villages neufs semblables à toutes les communes rurales du Botswana, peuplés d'ânes, de poules, équipés d'écoles, de bâtiments administratifs mais pas d'électricité. La pénurie d'eau et le manque d'emplois y sont les deux principaux problèmes.

    Quant à ceux qui vivent encore en brousse, les huttes de branchages en forme d'igloo végétal témoignent de la survivance de techniques d'habitat ancestral.
     

    Mais l'image stéréotypée du petit bushmen musclé en pagne, aux aguets avec sa flèche ou sa sagaie pointée sur le gibier, a fait long feu.

    S'ils servent encore d'ambassadeurs touristiques sur les dépliants édités par les hôtels ou l'office du tourisme national, aucun des San rencontrés par l'AFP dans la réserve ne risquent de confondre une bouteille de coca avec un objet divin, comme dans le sympathique film à succès de 1980 "Les Dieux sont tombés sur la tête".

    A Molapo, l'un des fiefs du mouvement de libération bushmen situé au coeur de la réserve, la sédentarité est la règle, et la collection de jerricans plastique entreposés sur place donnerait le tournis à quiconque croirait encore que les San recueillent l'eau dans des oeufs d'autruche.

    Garés sous des acacias, un, deux trois pick-ups attendent la corvée d'eau.

    Moins d'une dizaine de familles vit là, avec basse-cour, ânes, chèvres, chevaux et petites plantations de maïs, en haillons, pieds nus ou chaussés de vieilles sandales, accablés d'ennui et de chaleur, otages des sables et d'un combat qui n'est plus le leur.

    Ils ne débusquent plus beaucoup de gibier --c'est interdit-- mais chassent plutôt d'un regard implorant les chaussures de marche des visiteurs.
     

    Des notes de rumba locale débitées en boucle par un radio cassette branché sur panneaux solaires constituent la seule distraction, avec le tabac, auquel les San voue une passion immuable depuis le passage des premiers explorateurs et qu'ils fument roulé dans du papier journal ou dans des cônes métalliques.

    - La terre de nos ancêtres -

    Interrogé pour savoir pourquoi ils sont ici, et non dans les trois villes nouvelles bâties par le gouvernement, Joginah, une adolescente commence par répondre, comme sur commande, "parce que c'est la terre de nos ancêtres".

    Elle a 16 ans, un ventre de grossesse précoce qui lui fait honte et avoue ensuite qu'elle "n'aime pas être ici, il y a des sorcières et des esprits".

    Elle est l'une des rares qui parle anglais et concède que l'école lui manque même si elle a souffert des préjugés tenaces à l'encontre des San. "Ici, en brousse, on travaille", dit-elle.

    Loin de nobles considérations sur la terre sacrée ou les ancêtres, Rebecca, chef du village par intérim, explique très prosaïquement que vivre dans le Kalahari permet de trouver de tout, sans dépenser un pula, et d'être au calme.

    "A Ghanzi, il y a de la bagarre et de la boisson, tandis qu'ici, il n'y a pas de bruit", dit-elle.

    Quant à son mari, Roy Sesana, l'homme à la coiffe d'oryx qui parcourait le globe dans les années 2000 pour défendre le droit de rester dans le Kalahari, il est tout simplement devenu un intermittent de la cause.

    Les limites de la réserve furent tracées en 1961 par le colonisateur britannique, alors fasciné par ces descendants des premiers habitants de l'Afrique australe dont le mode de vie semblait à la fois si proche de l'âge de pierre et si subtilement adapté à l'environnement semi-aride de la zone et riche de spiritualité.

    Mais qui peut dire qu'il sait encore équarrir une bête à la pierre taillée? Les plus âgés seulement, répond une chercheuse de l'université sud-africaine de Wits, Lucida Backwell.

    A Molapo, d'une hutte à l'autre, ce qu'il reste de vêtements ou d'outils traditionnels est devenu marchandise: flèche de chasse, tabliers de peau brodés de perles, grelots de pied en cocons de papillon de nuit emplis de graines, coiffes en peau, colliers en perles d'écaille d'oeufs d'autruche.

    Tout ce bel artisanat du pauvre ne sert plus à se faire beau ou à rehausser des danses nocturnes au coin d'un feu, mais à gagner l'argent indispensable à d'autres besoins, et sera vendu à des échoppes touristiques.

    La pharmacopée à base de plantes semble aussi un lointain souvenir pour les jeunes mères interrogées, que l'idée d'accoucher sans médecin et selon des méthodes naturelles n'effleure pas.

    Toutes vont à l'hôpital hors de la réserve. L'une montre fièrement sa cicatrice de césarienne. Quant à leur secret pour garder les dents blanches, Rebecca indique, laconique, c'est "Colgate".


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  • La mine de diamants en projet dans la réserve animalière du Kalahari (CKGR), au Botswana, a nourri les soupçons sur les véritables raisons de l'expulsion des Bushmen San, malgré les dénégations du gouvernement du Botswana.

    Dirigé depuis Johannesburg, coté à Londres et domicilié dans les Iles vierges britanniques, l'exploitant Gem Diamonds s'est fait une spécialité de reprendre des mines situées dans des environnements dits sensibles, soit pour les problèmes écologiques qu'ils soulèvent, soit à cause des relations potentiellement conflictuelles avec les populations locales.

    Après les expulsions, étalées entre 1997 et 2002, des représentants bushmen s'étaient rendus à Londres en 2004 pour réclamer leur part des bénéfices et avaient accusé le gouvernement de les spolier. A l'époque, l'association britannique Survival était allée jusqu'à dénoncer un nettoyage ethnique.

    Et le grand diamantaire De Beers, propriétaire du site de Gope, dans le sud-est de la réserve, avait préféré le céder en 2007 à Gem Diamonds, en raison des critiques qui lui avaient valu des bouderies de mannequins sensibles à la cause San.

    Aujourd'hui encore, le porte-parole du gouvernement Jeff Ramsay dénonce une campagne malhonnête et véhiculée en Europe jusque dans des livres d'enfants.

    Certes M. Ramsay admet que les déplacements de 2002 ont été controversés.

    Mais il martèle que l'objectif principal était d'éradiquer la pauvreté rurale, notamment dans les zones reculées où vivent des populations appartenant toutes au groupe linguistique des langues à clics.

    Il y avait de plus en plus de bétail dans le parc naturel qui ne cohabitait pas bien avec la faune sauvage, ajoute-t-il. Le gouvernement, aujourd'hui comme hier, indemnise les éleveurs lorsqu'une bête est tuée par un lion. Sauf que cela devenait très problématique d'indemniser les gens pour du bétail tué à l'intérieur d'un parc naturel, dit-il.

    D'où la décision d'expulser les San du parc. Décision qui, selon lui, n'a strictement rien à voir avec les diamants.

    Au Botswana, depuis l'indépendance en 1966, le sous-sol est de toute façon propriété d'Etat, y compris les diamants du Kalahari. Les Bushmen n'auraient donc eu droit légalement à aucunes royalties, où qu'ils vivent.

    Actuellement, sur le site fermé à la presse, environ 170 salariés, dont des Bushmen San, s'activent à creuser la mine.

    L'extraction se fera en sous-sol, en principe moins nuisible à l'environnement qu'une mine à ciel ouvert. La valeur du gisement est évaluée à 4,6 milliards de dollars et les premières gemmes devraient être extraites mi-2013, indique à l'AFP Gem Diamonds.

    Le groupe diamantifère, qui a reçu sa licence d'exploitation pour 25 ans en 2011, ne tolère pour l'instant aucun tournage ni photo, renvoyant à l'organisation ultérieure d'un voyage de presse.


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  • Diamants du Kalahari : chronique d’un désastre annoncé

    Une plaine herbeuse brûlée par le soleil, et la savane, à perte de vue, que déchire ici et là quelques épineux isolés, comme des îlots verts dans un océan de paille. A mon approche, des springboks, ces « antilopes à ressort » s’égayent en bonds gracieux. Une fois la distance de sécurité rétablie, elles se retournent, et posent sur moi leur regard humide. Ici, les rencontres avec les humains sont rares. Elles ne doivent savoir que penser de l’étrange bipède que je suis…

    Nous sommes au Botswana, dans la réserve animalière du Kalahari Central, le CKGR, un territoire de 52 000 Km2 établi en 1961 par le Protectorat britannique pour servir de refuge à la faune endémique, et au peuple premier d’Afrique australe, les San.

    Les derniers chasseurs-cueilleurs d’Afrique australe
    Les San du CKGR, aussi appelés Bushmen ou Basarwa par l’ethnie majoritaire Tswana, vivent principalement de cueillette et de la récolte de melons sauvages, et s’efforcent de faire survivre quelques temps encore leur mode de vie traditionnel semi-nomade dans cet environnement aride.
    Une vie spartiate en harmonie avec la Nature, dont ils s’accommodaient fort bien avant que le gouvernement botswanais ne décide de les expulser du CKGR en 1997 et 2002, pour les parquer dans des camps de regroupement bâtis à la hâte aux abords de la réserve. La raison officielle invoquée par le gouvernement à l’époque est la protection de la vie sauvage du CKGR, et la volonté de faire entrer les San dans le monde moderne, de gré… ou de force.

    Les San les appellent « lieux de mort »
    En visitant Kaudwane, l’un de ces camps de regroupement, on a cependant tôt fait de réaliser que le monde moderne promis par le gouvernement aux San s’est résumé à ses fléaux: Sida, chômage, alcoolisme et dépression. Il faut dire qu’autour du camp, il y a de l’eau, certes, une clinique, d’accord, mais aucune possibilité d’emploi pour un peuple nomade sédentarisé de force, et échoué au milieu de nulle part. Un peuple naufragé, aliéné, et promis à une mort culturelle imminente.

    Chassés à cause des diamants
    Le soir tombe sur Kaudwane, et nous nous rendons au shebeen, le débit de boisson, où viennent s’enivrer les San dès qu’ils ont touché la maigre pension que leur consent le gouvernement, de l’ordre de 15 euros par mois. Là, nous rencontrons un homme ivre, qui danse seul, dans la pénombre de cette cour de terre battue jonchée de boîtes vides de bières bon marché.
    L’homme témoigne: « Je m’appelle Madala. Je viens au shebeen parce que je n’ai rien à faire, rien à manger. Je viens partager la boisson des autres. J’ai été expulsé du village de Gope, dans le CKGR en 2002, en même temps que tous les autres villageois. Et je sais très bien que si j’ai été chassé de chez moi, c’est à cause des diamants… »

    Des diamants sous le sable
    Mais pendant ce temps, à Gope où vivait autrefois Madala, on s’affaire. C’est que pour Gem Diamonds, propriétaire de la concession minière, il y a du pain sur la planche: sous 80 mètres de sable se trouve un filon évalué à 3 milliards de dollars. L’exploitation minière démarrera courant 2011 et durera une trentaine d’année,  en plein CKGR, et ce avec  la bénédiction de ce même gouvernement botswanais qui jugeait la présence de quelques nomades chasseurs-cueilleurs nuisible pour la vie sauvage du CKGR!

    Une menace pour la vie et l’environnement
    Il semble pourtant évident qu’exploitation minière et protection de la vie sauvage ne peuvent faire bon ménage. D’ailleurs le rapport d’impact environnemental commandité en 2008 par Gem Diamonds à Marsh Environmental Services, un bureau d’étude sud-africain, fait état de graves menaces pour la faune et la flore du CKGR. Parmi ces menaces: la perte d’habitat, dans un milieu pour le moment totalement intact; l’introduction d’espèces végétales non-endémiques; les animaux écrasés par camions et véhicules légers sur la route d’accès de 45 kilomètres qui va être construite pour desservir la mine; l’altération de l’écosystème du lieu; la modification des routes de migration animales; une hausse prévisible du braconnage, en facilitant l’accès à une partie du parc non grillagée; le risque d’empoisonnement des animaux par les produits chimiques nécessaires à l’exploitation minière; l’attraction d’animaux à des points d’eau artificiels.
    Parmi les nombreuses espèces animales présentes à Gope, au moins cinq d’entre elles sont classées sur la liste des espèces menacées de la convention IUCN: trois espèces de vautours, une de faucons et des félins: les lions.

    Le début de la fin
    Le bureau d’étude payé par Gem Diamonds pour évaluer l’impact prévisible de l’exploitation diamantifère sur le site de Gope a d’ailleurs tenu à prévenir ses clients: « Cette première perturbation d’un milieu encore virginal peut ouvrir la voie à d’autres opérations futures, minières ou autres. Ce phénomène, que l’on a observé partout dans le monde, risque de se produire dans le CKGR. Il est de notre responsabilité de prendre du recul et de conseiller la plus grande prudence… »
    Mais face à la manne économique que représente l’industrie minière pour un pays comme le Botswana, les arguments écologistes n’ont que peu de poids. Bientôt le sol d’un des derniers sanctuaires d’Afrique sera éventré par les machines, à la recherche de la pierre précieuse. En quittant le Botswana, me revient un proverbe indien: «  Quand le dernier arbre sera abattu, le dernier poisson pêché et la dernière rivière disparue, l’Homme découvrira que l’argent n’est pas comestible… »

    Pour protester contre l’exploitation sur le site de Gope et pour que leurs terres et leur dignité soit rendues aux San, vous pouvez écrire courtoisement  à l’ambassadeur du Bostwana (en résidence à Bruxelles) :

    Monsieur l’Ambassadeur du Bostwana,
    169, avenue de Tervuren
    B1150 Bruxelles
    BELGIQUE

    Email : bostwana@brutele.be


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  • Les Bushmen de la Réserve du Kalahari central  célèbrent la réouverture du puits de Mothomelo fermé il y a neuf ans. Cet événement marque la première étape vers leur retour définitif sur leur territoire ancestral, conformément au verdict prononcé par un tribunal en 2006.

    Malgré leur victoire dans le procès le plus long de l’histoire du pays, leur droit fondamental à l’eau n’a été reconnu qu’en janvier dernier par la Cour d’appel du Botswana. Aujourd’hui, avec le concours de l’ONG Vox United, le puits de Mothomelo a été réouvert et une pompe solaire a été installée.

    Les Bushmen sont actuellement en train de retourner dans la région. C’est la première fois depuis 2002 – date à laquelle le gouvernement botswanais avait scellé le puits – qu’ils peuvent enfin disposer d’eau à profusion. Durant toutes ces années, n’ayant jamais été autorisés à réouvrir ce puits, ils s’abreuvaient de melons sauvages ou de dépressions naturelles dans le sable qui retiennent les rares eaux de pluie.

    Le puits de Mothomelo dans la Réserve du Kalahari central.
    Le puits de Mothomelo dans la Réserve du Kalahari central.

    Nombreux sont ceux qui sont  convaincus que les Bushmen ont été expulsés de leur territoire parce qu’on y a découvert de riches gisements de diamants. De Beers, l’une des plus grandes compagnies diamantaires au monde, a bénéficié d’une concession minière dans la communauté bushman de Gope au cœur de la Réserve du Kalahari pendant 25 ans. Suite à une campagne d’envergure menée par Survival, la compagnie a dû céder sa concession à Gem Diamonds en 2007.

    Gem Diamonds exploite actuellement cette mine tout en contribuant aux projets de réinstallation et de forage de nouveaux puits. Elle a financé celui de Mothomelo, en partenariat avec Vox United. La compagnie s’était également engagée à subventionner le forage de trois nouveaux puits destinés aux Bushmen. Prévus pour la fin du mois d’août, ils ne sont pas encore opérationnels.

    Les Bushmen ont enfin obtenu l’accès à leur puits au bout de neuf années durant lesquelles ils ont cruellement souffert du manque d’eau. Mais il est maintenant urgent que les autres communautés de la Réserve puissent également en bénéficier’.


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  • Les Bushmen du Botswana ont déclaré lundi qu'ils avaient l'intention de boycotter le prochain recensement pour protester contre le gouvernement. Ils l'accusent de ne pas avoir ouvert de bureau de vote lors des dernières élections et de ne pas leur fournir les équipements de base.

    Jumanda Gakelebone, porte-parole des Bushmen vivant dans la Réserve du Kalahari central, a expliqué qu'ils étaient encore furieux d'avoir été exclus de l'élection de 2009. Cette exclusion "montre que le gouvernement ne nous reconnaît pas en tant que peuple. Alors, pourquoi nous compter? Ils doivent compter leur propre peuple et nous laisser tranquilles", a-t-il affirmé.

    Les Bushmen "ont beaucoup souffert à cause de ce gouvernement, et il n'y a aucune chance qu'ils coopèrent avec lui pour quoi que ce soit", a-t-il ajouté, regrettant notamment que Gaborone refuse de leur apporter l'eau courante ou de construire des hôpitaux.

    Les tensions entre les Bushmen, premiers habitants de l'Afrique australe, et le gouvernement du Botswana ne datent pas d'hier.

    En 2002, l'Etat a expulsé certains d'entre eux de leurs terres ancestrales dans la région aride de la Réserve du Kalahari central et bouché un forage qui était leur seul approvisionnement en eau. Une longue bataille juridique s'en est suivi, qui a finalement permis aux Bushmen de retourner sur leurs terres. Un nouveau puits doit être foré en juillet.

    Le gouvernement du Botswana affirme qu'il ne peut fournir d'équipements qu'aux personnes vivant dans des établissements formels, et non pas à l'intérieur de la réserve. L'éviction visait de fait à sédentariser les Bushmen.

    Il reste quelque 100'000 Bushmen en Afrique australe, répartis entre le Botswana, la Namibie et l'Afrique du Sud. La plupart sont pauvres et n'ont pas accès aux aides sociales.


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  • L’avenir des Bushmen de la Réserve naturelle du Kalahari central a été soulevé à la Chambre des Lords britannique  en mars 2011. Partisans de longue date des Bushmen, Lord Avebury et Lord Pearson de Rannoch, se sont joints à la discussion.

    Posant une question à la Chambre, Lord Pearson a fait observer que la Constitution botswanaise a été ‘régulièrement bafouée’. Il a exhorté le gouvernement britannique à ‘[s’assurer] du libre accès des Bushmen à la réserve et à l’eau, ce qui implique le forage de nouveaux puits’.

    Lord Pearson a visité en 2002 le camp de relocalisation de New Xade à l’invitation du gouvernement botswanais, dans le cadre de la mission d’une délégation de parlementaires financée par la compagnie De Beers. Il a déclaré ultérieurement qu’il ‘était revenu chez lui plus convaincu que jamais que les Bushmen étaient victimes d’une grande injustice’.

    Lord Avebury, qui était un ami de Sir Seretse Khama, le premier président du Botswana, a exprimé à plusieurs reprises ses préoccupations à propos du traitement que le gouvernement botswanais inflige aux Bushmen. En 2004, il a dénoncé la relocalisation des Bushmen qui a abouti à ‘la propagation de l’alcoolisme, du sida et à la déchéance’.


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  • Le gouvernement botswanais coupable de ‘traitement dégradant’.

    Un cas décrit comme une ‘déchirante histoire de souffrance et de désespoir’.

    La Cour d’appel botswanaise a pris la décision de rejeter un jugement qui interdisait aux Bushmen l’accès à l’eau sur leurs terres ancestrales.

    Appuyés par Survival, les Bushmen avaient fait appel d’une décision de la Haute cour botswanaise de 2010 qui leur interdisait l’accès à un puits dont ils dépendent pour s’approvisionner en eau. Le panel de cinq juges a estimé que:

    - les Bushmen ont le droit d’utiliser leur ancien puits qui avait été interdit par le gouvernement ;
    - les Bushmen ont le droit de forer de nouveaux puits;
    - l’attitude du gouvernement à l’égard des Bushmen équivalait à un ‘traitement dégradant’;
    - le gouvernement est redevable des frais du procès en appel engagés par les Bushmen.

    Se réjouissant de cette décision, un porte-parole bushman a déclaré : ‘Nous sommes très heureux que nos droits soient enfin reconnus. Cela fait si longtemps que nous attendons ce moment. Comme tout être humain, nous avons besoin d’eau pour vivre. Nous avons aussi besoin de notre terre. Nous prions pour que le gouvernement nous traite désormais avec le respect qu’il nous doit’.

    En 2002, le gouvernement botswanais a expulsé les Bushmen de leurs terres ancestrales dans la réserve du Kalahari central. Ils ont alors intenté un procès au gouvernement et après quatre années de bataille judiciaire, la Haute cour botswanaise a reconnu qu’ils avaient été évincés de manière ‘illégale et anticonstitutionnelle’ et qu’ils avaient le droit de retourner sur leurs terres ancestrales.

    Cependant, le gouvernement a tenté par tous les moyens d’empêcher les Bushmen de retourner chez eux, notamment en scellant l’unique puits dont ils disposaient dans la réserve. Bien que privés d’eau, de nombreux Bushmen purent rentrer chez eux, survivant grâce à l’eau de pluie et des melons qu’ils cultivent dans le désert, ou parcourant de longues distances à pied ou à dos d’âne pour s’approvisionner en dehors de la réserve.

    Les Bushmen ont intenté un nouveau procès au gouvernement afin de récupérer l’accès à leur puits. Cependant, le juge Walia qui présidait l’audience de 2010 s’était prononcé en faveur du gouvernement argumentant que ‘si les Bushmen vivaient dans l’inconfort, ils ne pouvaient s’en prendre qu’à eux-mêmes’. Sa décision a été renversée de manière unanime par la Cour d’appel qui a statué qu’interdire l’accès au puits relevait d’un ‘traitement dégradant’ contraire à la Constitution.

    L’attitude du gouvernement vis-à-vis des Bushmen a été amplement condamnée : la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples l’a critiqué pour leur dénier le ‘droit à la vie’ et le Rapporteur spécial des Nations-Unies sur les peuples indigènes a estimé que les Bushmen étaient confrontés à des conditions de vie ‘déplorables et dangereuses en raison de leur manque d’accès à l’eau’.

    Aggravant la détresse des Bushmen, le gouvernement a fait forer dans la réserve de nouveaux puits exclusivement destinés à la faune sauvage et a autorisé la compagnie Wilderness Safaris à implanter un lodge touristique de luxe avec piscine au cœur même de leur territoire. Une pétition appelant Wilderness Safaris à installer son lodge en dehors du territoire bushman a recueilli à ce jour 30 000 signatures.

    Le gouvernement a également donné son feu vert à la compagnie Gem Diamonds pour exploiter un gisement de diamants d’un potentiel de 3 milliards de dollars dans l’une des communautés bushmen et continue d’interdire la chasse alimentaire dans la réserve.

    Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : ’C’est une immense victoire, tant pour les Bushmen que pour le Botswana. Nous espérons que cette décision sera respectée par les autorités et qu’elle ne sera pas perçue comme un obstacle à leurs efforts visant à chasser les Bushmen de la Réserve pour faire place à l’exploitation diamantifère. Il appartient désormais au président Khama de décider si oui ou non la position du gouvernement changera à la lumière du verdict. Il s’agit au demeurant d’une victoire pour les droits de l’homme et pour la primauté du droit au Botswana’.


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  • Le leader de l’organisation bushman First People of the Kalahari, Jumanda Gakelebone, a été arrêté et détenu pendant une nuit le week-end dernier. Il accompagnait dans la Réserve l’avocat des Bushmen venu consulter ses clients dans le procès qui est actuellement instruit à la Cour d’appel botswanaise.

    Le leader bushman a été arrêté pour avoir voyagé dans la réserve sans permis. Son organisation mène campagne depuis des années pour le droit des Bushmen à vivre sur leurs terres ancestrales.

    Après avoir été relâché, Jumanda Gakelebone a déclaré à un représentant de Survival : ‘[Cette arrestation] révèle l’intention délibérée du gouvernement. J’estime être ici [dans la réserve] chez moi. C’est là où je suis né. Je n’ai pas besoin de permis pour y vivre’.

    Jumanda Gakelebone voyageait dans la réserve avec l’avocat Gordon Bennett, peu de temps après une audience de la Cour d’appel concernant le droit à l’eau des Bushmen. La Cour devrait rendre son verdict demain.

    Les Bushmen ont été expulsés de la réserve en 2002, mais après quatre années de bataille judiciaire, ils obtinrent le droit d’y retourner à l’issue d’un procès historique. Depuis lors, le gouvernement botswanais rend impossible leur vie dans la réserve, leur interdisant de chasser ou de tirer l’eau d’un puits qu’ils utilisent depuis des décennies.

    Ces mesures ont été sévèrement condamnées, notamment par les Nations-Unies et la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Des câbles diplomatiques récemment diffusés par WikiLeaks ont révélé que l’ambassadeur des Etats-Unis avait également désapprouvé le traitement infligé aux Bushmen par le gouvernement botswanais.

    La semaine dernière, le gouvernement botswanais a approuvé la demande d’autorisation d’exploitation de Gem Diamonds d’un gisement de diamants d’une valeur potentielle de 3 milliards de dollars dans une communauté bushman de la réserve.


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  • Selon un télégramme diplomatique révélé, l’ambassadeur des Etats-Unis au Botswana avait sévèrement condamné les évictions forcées des Bushmen du Kalahari.

    En 2005, l’ambassadeur Joseph Huggins avait annoncé à ses supérieurs de Washington que les Bushmen avaient été ‘abandonnés dans une situation économique intolérable sans aucune mesure de précaution et sans aucun soutien à long terme. Ce manque de discernement… est à couper le souffle’.

    Il concluait en estimant que ‘la tragédie particulière de la population dépendante de New Xade [les Bushmen parqués dans les camps de relocalisation] aurait pu être évitée’.

    Lire le câble de l’ambassadeur

    Le gouvernement botswanais a expulsé de force les Bushmen de leurs terres ancestrales dans la Réserve du Kalahari central en 2002. Les Bushmen ont été déportés dans des camps gouvernementaux de relocalisation en dehors de la réserve où règnent sida, alcoolisme et autres problèmes que ne connaissaient pas les Bushmen auparavant.

    Lors de sa visite du camp de relocalisation de New Xade, l’ambassadeur Huggins avait remarqué le ‘désespoir de la jeunesse’. Les câbles révèlent également la frustration de Huggins vis-à-vis de Ernest Mpofu, alors secrétaire permanent du ministère botswanais des Affaires étrangères. Ayant suggéré au gouvernement de reconsidérer sa position à l’égard des Bushmen, Huggins déplora que Mpofu ‘repoussait toute suggestion’ avec ‘un mépris à peine voilé’.

    Les câbles rendent compte d’une conversation de Huggins avec le représentant d’une ONG locale qui critiquait le gouvernement pour ‘son manque de consultation et de transparence dans le processus de décision appliqué au traitement [des Bushmen]’. Le représentant, qui n’est pas nommé, avait également indiqué à Huggins que les Bushmen étaient ‘systématiquement victimes de discrimination [de la part du gouvernement], ce qui les excluait de tout activité génératrice de revenus’, et qu’ils ‘étaient persuadés que les projets miniers étaient la raison qui avait justifié l’expulsion des groupes [bushmen]’.

    Après les évictions, les Bushmen intentèrent un procès au gouvernement qui s’est avéré être le plus long et le plus coûteux de l’histoire du Botswana. La Haute Cour botswanaise, dans son verdict de 2006, jugea que les expulsions avaient été illégales et anticonstitutionnelles et que les Bushmen avaient par conséquent le droit de retourner sur leurs terres.

    Mais malgré ce jugement, le gouvernement continue de rendre la vie des Bushmen impossible dans la réserve. Il leur interdit d’accéder au puits dont ils dépendent pour s’approvisionner en eau et qu’ils utilisaient avant qu’il ne soit scellé dans le but de leur faire quitter leurs terres.

    Les Bushmen ont intenté un nouveau procès au gouvernement afin de récupérer leur accès à l’eau. Un juge de la Haute Cour, manifestant son soutien au gouvernement, a rejeté l’affaire en 2010 et un jugement en appel a eu lieu lundi dernier. Le verdict sera rendu le 27 ou le 31 janvier.

    Le lendemain du jugement en appel, Gem Diamonds a annoncé que le gouvernement botswanais lui avait attribué la licence d’exploitation d’une mine de diamants dans l’une des communautés bushmen de la réserve. Alors que le gouvernement a toujours prétendu que la concession n’était pas économiquement viable, Gem Diamonds l’évalue aujourd’hui à 3 milliards de dollars.

    Le gouvernement botswanais est une fois de plus désigné comme le responsable de souffrances inutiles, de mépris, de discrimination et même de mort envers ses citoyens les plus démunis, les Bushmen. Il ne s’agit pas seulement de l’opinion d’une poignée de militants des droits de l’homme et des Bushmen, c’est un fait rapporté par le gouvernement américain. Et malgré tout le bonheur que peuvent apporter les diamants à quelques privilégiés, ceux-ci devraient réfléchir à deux fois avant de s’en procurer au prix exorbitant de la destruction du peuple bushman.


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  • Le gouvernement botswanais a donné le feu vert à une mine géante d’une valeur de 3 milliards de dollars dans la Réserve naturelle du Kalahari central alors que le recours des Bushmen du Kalahari contre le refus des autorités du Botswana de leur permettre l’accès à l’eau est en cours d’instruction.

    Gem Diamonds a annoncé que sa demande d’ouverture d’une gigantesque mine de diamants près de la communauté bushman de Gope située dans la réserve a été approuvée. La compagnie affirme avoir obtenu le consentement des Bushmen sur les terres où la mine sera située.

    Survival a cependant alerté à maintes reprises Gem Diamonds sur le fait que les Bushmen ont droit à des conseils indépendants sur les impacts potentiels de la mine. Aucun avis n’a été donné et de nombreux Bushmen dont les terres seront affectées par cette mine vivent encore en dehors de la réserve dans de sinistres camps de relocalisation, suite à leur expulsion en 2002. Le gouvernement refuse l’accès à l’eau et le droit de chasser à ceux qui sont restés dans la réserve.

    Survival et les Bushmen ont toujours soutenu que les premiers habitants de la réserve du Kalahari ont été expulsés pour faire place à l’exploitation diamantifère. Ce que le gouvernement a toujours nié, prétendant que le gisement de diamants de Gope n’était pas ‘économiquement viable’.

    Un Bushman, qui souhaite rester anonyme, a déclaré aujourd’hui : «Pourquoi le gouvernement a-t-il décidé de délivrer la licence d’exploitation minière aujourd’hui, alors que notre appel pour récupérer notre accès à l’eau est en cours d’instruction? Il semble que c’est là sa réponse à notre revendication. Il nous fait comprendre que même si nous gagnons notre droit à l’eau en appel, la mine de diamants s’installera de toutes façons.

    ‘C’est la preuve définitive que l’argument du gouvernement selon lequel il ne veut pas que nous vivions dans la réserve afin de protéger la faune est un mensonge. Qui va porter atteinte à la faune? Les gens qui y ont vécu pendant des milliers d’années ou une mine de trois milliards de dollars avec toute l’infrastructure qu’elle va impliquer : des routes, des lignes électriques, des milliers de tonnes de déchets et l’arrivée de centaines de personnes?’

    L’argument de Gem Diamonds selon lequel les Bushmen ont donné leur consentement à la mine pourrait être risible s’il n’était pas tragique. Comment des gens qui sont privés d’eau pour les forcer à quitter la réserve peuvent-ils être en mesure de donner leur consentement libre et éclairé? Surtout lorsque personne en dehors de Gem Diamonds et du gouvernement ne les a informés au sujet de l’impact que cette mine aura sur eux? Survival soutient depuis des années que le gouvernement a voulu ouvrir la réserve pour y extraire des diamants. Le gouvernement l’a toujours nié – mais nous avons malheureusement raison.


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